Les applications d’IA générative sont massivement utilisées par les jeunes pour leurs tâches scolaires. Cependant, une récente enquête montre qu’en classe les élèves ne sont pas le plus souvent accompagnés par le corps enseignant lors de l’utilisation des outils d’IA générative. A Genève, le Département de l’instruction publique lance une consultation pour mieux connaître les usages et les attentes des élèves.
Désormais l’intelligence artificielle fait partie de la vie quotidienne des jeunes. Mais on sait peu de choses encore sur la manière dont les jeunes utilisent les applications de l’IA et ce qu’ils en pensent. Quels usages en font-ils en classe ou à la maison pour réaliser des tâches scolaires? A quelle fréquence? Comment le corps enseignant accompagne-t-il l’utilisation de ces nouveaux outils? Deux études récentes apportent de précieuses indications en la matière.
En Suisse, en 2026, selon la dernière enquête de Monitorage de la numérisation dans l’éducation du point de vue des élèves du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), neuf élèves sur dix du secondaire I et II ainsi que de la formation professionnelle ont utilisé l’IA pour des tâches scolaires, le plus souvent sans supervision du corps enseignant. Au niveau primaire (cycle 2), ce taux est de 30%. Depuis la précédente enquête réalisée il y a deux ans, l’utilisation de l’IA générative pour effectuer des tâches scolaires a fortement augmenté (de 20 à 30 points de pourcentage) dans ces quatre ordres d’enseignement. Mais comme on va le voir, il existe des différences marquées selon les régions linguistiques.
Dans le cadre du suivi de la numérisation dans le système de formation, c’est la seconde fois que les élèves âgés de 8 à 18 ans ont été questionnés par le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE) sur leur utilisation d’outils d’intelligence artificielle. Les élèves ont été interrogés au printemps 2026 sur les outils d’IA les plus répandus, ceux reposant sur des modèles de langage génératif conçus pour comprendre, analyser et créer du texte de façon autonome, c’est-à-dire les agents conversationnels (tel que ChatGPT) et les logiciels de traduction (DeepL), ainsi que sur leur utilisation des applications de génération d’images (Dall-E). Cette enquête est très inintéressante, car elle porte non seulement sur les usages de l’IA en classe, mais aussi sur les tâches scolaires réalisées à la maison avec ces applications.
Cette enquête de suivi de la numérisation dans le système scolaire suisse réalisée depuis 2020 par le CSRE à cinq reprises a révélé invariablement des différences importantes entre les régions linguistiques dans pratiquement tous les domaines couverts.
Avant d’examiner les usages de l’IA pour des tâches scolaires en Suisse, il vaut la peine de rappeler les résultats de quelques indicateurs importants de la numérisation sur lesquels les enquêtes du CSRE ont porté.
Différences d’utilisation d’outils numériques selon les régions linguistiques
Bien qu’un effet de rattrapage ait été observé en Suisse romande et au Tessin par rapport à la Suisse alémanique, des différences notables continuent à être observées par cette enquête.
En ce qui concerne l’utilisation quotidienne d’un ordinateur à l’école (tablettes comprises; hors formation professionnelle), la Suisse alémanique se distingue par une intensité d’utilisation bien plus importante (64%) qu’en Suisse romande (45%) et au Tessin (42%). Les taux d’utilisation quotidienne d’ordinateurs par les élèves varient aussi considérablement, toutes régions confondues, entre l’enseignement primaire (41%), le premier cycle du secondaire (68%) et les écoles du secondaire II (gymnases et écoles de culture générale, 85%).

Des différences importantes d’utilisation des applications et des plateformes d’apprentissage à l’école ou pour le travail scolaire à la maison peuvent être aussi constatées selon les régions linguistiques. Là encore, la Suisse romande et le Tessin sont à la traîne en ce qui concerne l’utilisation des outils numériques pour apprendre ou effectuer des tâches scolaire par rapport à la Suisse alémanique. Les différences sont particulièrement marquées pour les applications d’apprentissage (exerciseurs, tutoriels). En 2026, 81% des élèves de Suisse alémanique ont déclaré utiliser des applications d’apprentissage, contre 49% en Suisse romande et 31% au Tessin. On constate aussi des différences marquées en ce qui concerne l’usage des plateformes d’apprentissage. Si 79% des élèves de Suisse alémanique utilisent de tels environnements pour leur travail scolaire, ils/elles ne sont que 62% en Suisse romande et 58% au Tessin.

(A ce propos, mon article de 2020 a permis de mettre en évidence la faible utilisation des équipements numériques dans les classes de Suisse romande: «L’enquête PISA 2018 révèle la faible utilisation des équipements numériques par les élèves à l’école», 29 janvier 2020.)
Ampleur de l’utilisation des outils d’IA générative par les jeunes
Savoir ce que les jeunes font de l’IA est nécessaire pour répondre efficacement à leurs besoins d’accompagnement et de formation. Quels sont alors les usages de l’IA les plus appréciés par les jeunes? Une étude réalisée en Allemagne montre la diversité et la prévalence de leurs usages aujourd’hui.
Les motifs d’utilisation des applications d’IA les plus souvent mentionnés par les jeunes de 12 à 19 ans interrogés dans le cadre de l’étude allemande JIM 2025 – Jugend, Information, Medien (Medienpädagogischer Forschungsverbund Südwest) portent sur la résolution de besoins pratiques quotidiens, notamment en relation avec le contexte scolaire. Les auteurs de l’étude relèvent que dans l’ensemble l’IA est désormais moins utilisée pour s’amuser ou faire des essais. Les motifs d’utilisation de l’IA les plus souvent mentionnés par les jeunes sont pour faire leurs devoirs ou pour apprendre (74%), et pour s’informer (70%); – notons que la recherche d’information englobe tous les types de renseignements, non seulement l’actualité politique et sociale (journalisme d’information). Les usages de l’IA mentionnés ensuite sont la résolution de problèmes («découvrir comment faire quelque chose», 54%), l’utilisation en classe (52%), le divertissement (47%), la planification («pour planifier quelque chose», 27%) ou encore générer des images (26%), de la musique (7%), ou des vidéos (6%). La recherche d’information est la raison invoquée pour utiliser l’IA qui a le plus augmenté depuis la précédente étude réalisée l’année précédente, en 2024 (27 points de pourcentage), devant la résolution de problèmes (19 points), alors que le divertissement fléchissait légèrement (5 points).
En Suisse, l’enquête de suivi de la numérisation dans l’éducation du point de vue des élèves du CSRE montre l’ampleur de l’utilisation des applications de l’IA utilisables par le grand public chez les jeunes de 8 à 18 ans.
Si dans le degré primaire (cycle 2) les usages de l’IA générative tant à l’école qu’à la maison se situent à environ 30%, au secondaire I et II ils concernent quatre élèves sur cinq au moins, tant en classe qu’à la maison. Il en va de même en ce qui concerne les outils de traduction. Quant aux outils de génération d’images, ils ont été employés pour des tâches liées à l’école par environ 40% des élèves, également en classe et à domicile.
Des différences relativement marquées des usages de l’IA générative ont été constatées selon les régions linguistiques. Si dans l’ensemble l’utilisation a doublé en deux ans, les usages tant en classe qu’à la maison sont notablement moins fréquents en Suisse romande et au Tessin qu’en Suisse alémanique. En 2026, 81% des élèves de Suisse alémanique ont rapporté avoir utilisé des chatbots en classe au moins une fois par semaine, alors qu’ils étaient 75% à la maison; respectivement 65% et 66% en Suisse romande, 57% et 59% au Tessin.

Mais l’intensité des usages des outils d’IA, ne dit rien de la motivation, de la pertinence et de l’aptitude à les utiliser de manière appropriée. Dans le cadre de la réalisation de tâches scolaires, les applications d’IA générative peuvent être utilisées pour une multitude de raisons. Par exemple pour obtenir des renseignements sur un sujet précis, vérifier une information, mieux comprendre un phénomène ou un concept, confirmer ou réfuter une idée, résumer ou améliorer un texte, etc. Mais aussi pour rédiger un texte en totalité ou en partie. C’est la hantise des institutions scolaires. Un vrai cauchemar pour les devoirs à la maison.
L’encadrement du corps enseignant pour soutenir et orienter le travail des élèves ainsi que pour leur inculquer de bonnes pratiques est primordial.
Modalités d’utilisation de l’IA générative en classe
Rédiger des requêtes de qualité (prompts), questionner les résultats fournis, rechercher les sources et évaluer leur fiabilité, distinguer le vrai du faux, et de manière plus globale développer l’esprit critique des élèves, telles sont quelques-unes des tâches des enseignant-e-s renouvelées par l’avènement des applications de l’intelligence artificielle. D’emblée leur apport est nécessaire à la formulation de prompts à même d’obtenir les réponses les plus pertinentes possibles et pour rédiger les requêtes subséquentes permettant d’affiner le résultat.
L’enquête du Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE) a questionné les élèves sur leurs modalités d’utilisation de l’IA générative en cours en leur demandant si c’était de leur propre initiative, sur demande de l’enseignant-e ou accompagnée par l’enseignant-e, et à quelle fréquence (jamais, parfois, souvent).
Les résultats, là-encore, mettent en évidence des différences notables de modalités d’usages selon les régions linguistiques. Dans les trois régions l’utilisation accompagnée n’est pas fréquente. Au mieux, elle concerne 20% des élèves en Suisse alémanique, alors qu’elle touche 13% des élèves en Suisse romande et 10% au Tessin. Mais la part des élèves qui ont déclaré n’être jamais accompagné lors de l’utilisation de l’IA générative en classe affecte respectivement un élève sur trois en Suisse alémanique (33%) et près d’un sur deux en Suisse romande (44%) et au Tessin (50%). A l’inverse, l’initiative personnelle d’utiliser l’IA générative est très fréquente, elle concerne respectivement 47% des élèves alémaniques, 41% des romands et 34% des tessinois. L’usage occasionnel est important dans toutes les catégories.

Si l’on résume, la place laissée à l’initiative personnelle des élèves en classe est généralement grande en Suisse et l’accompagnement par le corps enseignant peu fréquent. C’est assez inquiétant, car les usages de l’IA chez les jeunes est maintenant largement répandue. Pour rappel, en Suisse près de neuf élèves sur dix du secondaire I et II ainsi que de la formation professionnelle ont utilisé l’IA pour des tâches scolaires en 2026.
Si l’on postule que c’est lors de l’utilisation accompagnée des logiciels d’IA générative que les apprenant-e-s sont le plus susceptibles de développer leurs compétences et de corriger leurs erreurs, alors on peut estimer que les élèves sont dans l’ensemble insuffisamment préparé-e-s par les institutions scolaires helvétiques.
Outre le fait qu’il est probable qu’ils ne tireront pas le meilleure parti de ces nouveaux outils cognitifs, cela les expose à des contenus potentiellement inexacts ou faux (hallucinations) et à des biais de différentes natures (alignement). Sans parler des manœuvres de désinformation qui reposent sur la manipulation des images et des documents audiovisuels (deepfakes).
Evidemment, à la maison, l’utilisation des applications d’IA générative ont plus de chance de se réaliser de manière autonome, sans supervision. De là l’importance que l’ensemble des élèves puissent bénéficier d’une formation pratique progressive et répétée qui s’intègre dans le travail scolaire quotidien.
Connaître les usages des jeunes pour mieux les accompagner
Savoir comment les jeunes utilisent l’IA, quelles sont leurs attentes, mais aussi les questions qu’ils et elles se posent est nécessaire pour répondre au mieux à leurs besoins. Le Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse du canton de Genève a lancé une consultation auprès des élèves de la 7e primaire (10-11 ans) à la fin du secondaire II à ce propos. Il sera intéressant d’en découvrir les résultats et de voir comment Genève en tire parti pour orienter sa politique de formation et d’éducation aux médias et à l’information en matière d’IA générative.
Mes vifs remerciements au Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE) pour l’extraction de données réalisée à mon intention.
Références
> Chantal Oggenfuss et Stefan C. Wolter, Monitorage de la numérisation dans l’éducation du point de vue des élèves, SKBF Staff Paper 28, Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE), Aarau, août 2026.
> Feierabend, S., Rathgeb, T., Gerigk, Y., Glöckler, S., JIM 2025 – Jugend, Information, Medien. Stuttgart: Medienpädagogischer Forschungsverbund Südwest, November 2025.
> Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse, Rentrée scolaire 2026-2027: l’intelligence artificielle comme fil rouge, de nouvelles réformes en action et des initiatives concrètes pour lutter contre les fortes chaleurs, communiqué, 20 août 2026.
Les sites et documents ont été consultés le 30 septembre 2026
Modèle pour citer cet article:
Domenjoz J.-C., «Evolution des usages de l’IA en classe et à la maison pour la réalisation de tâches scolaires», Éducation aux médias et à l’information [en ligne], 30 septembre 2026, consulté le date. https://educationauxmedias.ch/evolution-des-usages-de-ia-en-classe-et-a-la-maison-pour-la-realisation-de-taches-scolaires
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