Des médias audiovisuels socio-éducatifs pour développer la culture médiatique de la population

Face à la numérisation galopante dans toutes les sphères de la société, de nouvelles politiques éducatives devraient être envisagées pour toucher toute la population. Les médias socio-éducatifs audiovisuels ont un grand potentiel qui n’est pas suffisamment exploité pour diffuser des savoirs et infléchir des comportements. Une série de capsules vidéo est présentée comme exemple de moyen permettant de sensibiliser un large public à un éventail de cybermenaces. Ces films pourraient être utilisés avec grand profit pour amorcer une réflexion dans un contexte scolaire ou extra-scolaire.

De tout temps, dès leur invention, les médias ont été envisagés comme des moyens d’enseignement et d’apprentissage. Aujourd’hui, face à la numérisation galopante dans toutes les sphères de la société et de la nécessité pour l’ensemble de la population de renouveler constamment ses connaissances médiatiques, face aussi aux difficultés du système scolaire à assurer pleinement l’éducation aux médias et à l’information des jeunes qui lui sont confiés, il faut élaborer de nouvelles politiques éducatives. Parmi les voies prometteuses insuffisamment exploitées, la diffusion de moyens éducatifs audiovisuels permettant d’apprendre en toute autonomie.

Potentialité des médias socio-éducatifs

Nous vivons dans une cyber-civilisation des images. Une extraordinaire diversité de formes de médias audiovisuels sont au choeur de notre vie sociale. Le divertissement y tient une grande place. En revanche, tout un univers de supports associant image, son et texte pour apprendre reste à explorer et à exploiter. Les technologies médiatiques offrent de nouvelles perspectives à l’audiovisuel éducatif. La captation et le traitement de données en temps réel (par exemple, traces du comportement de l’utilisateur ou de l’utilisatrice) pourrait donner un nouvel essor aux stratégies éducatives reposant sur la communication audiovisuelle pour diffuser des savoirs et infléchir des comportements.

En effet, au delà des banals moocs et tutoriels, des films, des podcasts, des dispositifs interactifs, des espaces tridimensionnels interactifs (réalité virtuelle ou augmentée), accompagnés par des applications permettant les échanges et la discussion (chat, messagerie instantanée, visiocommunication) permettraient de sensibiliser et d’instruire différents types de publics par des contenus adaptés. Par delà les murs des institutions éducatives, sans limite de frontière. La puissance des appareils numériques personnels connectés (smartphone, tablette) donne de nouvelles possibilités d’apprentissages non formels et informels.

Dans un article déjà relativement ancien (1993), Daniel Peraya a bien montré le potentiel des médias socio-éducatifs audiovisuels comme moyens de contribuer à la résolution de problèmes sociaux ou liés à la vie sociale, comme l’éducation à la santé (lutte contre le tabagisme), la sécurité routière, la recherche d’un emploi (préparation aux entretiens d’embauche). On voit bien la place que pourraient avoir les médias socio-éducatifs pour l’éducation aux médias (cybersécurité, détection de fake news, protection de la sphère privée, surexposition aux écrans, protection de la planète, etc.). Pour ce chercheur, les médias didactiques se distinguent des médias socio-éducatifs par leur finalité. L’audiovisuel socio-éducatif constitue «une forme d’accompagnement à la vie sociale (professionnelle et personnelle) portant sur des comportements ou des connaissances indispensables à celle-ci, autrement dit à l’intégration harmonieuse de l’individu dans la société». Il se distingue de l’audiovisuel didactique «qui relève strictement d’une volonté d’instruire organisée dans un système d’enseignement». Par ailleurs, nous pouvons ajouter que l’audiovisuel didactique se différencie de l’audiovisuel socio-éducatif, par le fait que celui-ci est essentiellement lié à des formes d’apprentissage formel, se déroulant dans le cadre des établissements de formation, tandis que le second porte sur des formes d’apprentissage non formel et informel, se déroulant principalement hors du cadre de ces institutions. Par exemple, un jeu vidéo sérieux (serious game) aura pour vocation de favoriser les apprentissages informels (involontaire) par un univers, une intrigue, une forme, des règles, etc. susceptibles d’intéresser et d’impliquer le joueur ou la joueuse dans son activité, sans que la personne poursuive un objectif d’apprentissage explicite.

Les médias audiovisuels socio-éducatifs font partie des instruments de communication sociale, laquelle a pour finalité le mieux-être collectif en luttant contre des maux sociaux et en promouvant des valeurs bénéfiques pour la société dans son ensemble.

La capsule vidéo, support de communication socio-éducative

Parmi les supports susceptibles d’être utilisés pour le développement de savoirs et de comportements utiles aux individus et à la société, la capsule vidéo offre un grand intérêt. Forme cinématographique courte (une à cinq minutes), permettant de traiter un thème de manière condensée, la capsule vidéo peut être utilisée pour conseiller, aider, convaincre.

Les arnaques en tous genres et les affaires de piratage informatique à grande échelle qui se succèdent ont rappelé que chaque internaute peut être la cible de hackers. Le personnel des entreprises et des administrations publiques est souvent la porte d’entrée d’attaques malveillantes. Connaître les types de cyberattaques et savoir comment les déjouer est en enjeu de société. C’est ainsi que la cybersécurité est devenue un des nouveaux domaines de l’éducation aux médias et à l’information. Pour faire face aux cybermenaces (cybersabotage, cybercriminalité, cyberespionnage, propagande), il ne suffit pas de disposer de spécialistes, une large partie de la population doit être capable de faire face à ces risques.

Les capsules vidéo de la série «Ne cliquez pas» constituent des ressources très intéressantes pour amorcer une réflexion dans un contexte scolaire ou extra-scolaire

La sensibilisation de toute la population est une tâche colossale à renouveler sans cesse, c’est pourquoi l’utilisation de contenus éducatifs attrayants, courts et propices à une diffusion de masse par bouche à oreille est judicieux.

«Ne cliquez pas», série de capsules vidéo

Une série de dix capsules vidéo intitulée «Ne cliquez pas» (RTS et Nous Production) qui a pour but de sensibiliser le grand public à une large gamme de dangers qui guettent les internautes a retenu notre attention. Phishing, arnaque, usurpation d’identité, interception de communication, virus malveillants, intrusion par le port USB, etc., cet ensemble de capsules vidéo a pour objet de procurer des renseignements sur ces pratiques malveillantes souvent mal connues et de proposer des conseils pour s’en protéger.

Organisée sur un scénario très simple, la série distille les conseils de Steven Meyer, expert en cybersécurité et protection de l’information (Zendata). Chaque vidéo propose une explication, des moyens de détecter l’attaque ou de se prémunir d’usages potentiellement dangereux, complétés par une série de conseils pertinents. Par des explications très claires et leur réalisation soignée, ces films sont susceptibles de susciter l’intérêt d’une large audience. L’exploitation d’une riche palettes d’effets visuels et sonores, d’un montage rapide et de nombreux traits d’humour maintiennent et relancent l’attention tout au long de l’exposé.

Ces films ont été diffusés dans l’émission Formats courts de la première chaine (RTS Un) de la Radio télévision suisse (RTS) en avril 2021, sur la page Facebook de la RTS et sur la plateforme Youtube.

Les capsules vidéo de la série «Ne cliquez pas» constituent des ressources très intéressantes pour amorcer une discussion, un débat, une réflexion dans un contexte scolaire ou extra-scolaire (animation socio-culturelle). Ces films (sans le message publicitaire) pourraient être proposés avec grand profit à des élèves de fin de scolarité obligatoire (14-15 ans), du secondaire postobligatoire et de la formation professionnelle initiale dans le cadre d’une activité d’éducation aux médias. Par exemple, selon le modèle de la «classe inversée», une approche pédagogique qui fait précéder la résolution de problèmes et la discussion en classe par l’étude d’informations qui se déroule à la maison.

Le secteur des industries culturelles et créatives recèle un grand potentiel qu’il faudrait mettre à profit pour élaborer des moyens socio-éducatifs audiovisuels innovants.


Références
> Daniel Peraya, L’audiovisuel à l’école: voyage à travers les usages, à paraître dans Français 2000, Bulletin de la Société belge des professeurs de français, quatrième trimestre 1993.
> Ne cliquez pas, série de 10 films vidéo, réalisation Thierry Schwob, RTS et Nous Production, 2021.
> Chroniques de Steven Meyer, magazine économique Bilan.
> RTS, Formats Courts.
Les sites et documents ont été consultés le 31 août 2021


Modèle pour citer cet article:
Domenjoz J.-C., «Des médias audiovisuels socio-éducatifs pour développer la culture médiatique de la population», Éducation aux médias et à l’information [en ligne], 31 août 2021, consulté le date. https://educationauxmedias.ch/des-medias-audiovisuels-socio-educatifs-pour-developper-la-culture-mediatique-de-la-population


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL) | Education numérique | educationauxmedias.ch

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)