Faut-il interdire les réseaux sociaux aux enfants et aux ados? Les droits des enfants s’appliquent aussi à la sphère numérique. Les interdire serait contre-productif, difficile à mettre en oeuvre et menacerait la sécurité de toute la population. Pour sortir de la crise, il faut renforcer l’éducation à la vie connectée des enfants et promouvoir des plateformes alternatives.
Après l’interdiction générale de principe des smartphones dans les établissements scolaires de Suisse romande, faut-il interdire les réseaux sociaux aux enfants et aux ados? En Australie, elle est vigueur depuis décembre pour les moins de 16 ans. En France, l’Assemblée nationale vient d’adopter le 26 janvier un projet de loi visant à interdire l’utilisation des réseaux sociaux au moins de 15 ans. D’autres pays européens envisagent aussi des restrictions d’âge d’accès aux plateformes de médias sociaux.
En Suisse, l’interdiction des réseaux sociaux aux très jeunes fait l’objet d’un intense débat et de nombreuses initiatives politiques visent à réguler les activités des grandes plateformes numériques.
Les projets de réglementation visant à réguler les plateformes numériques
Le développement hégémonique des plateformes des géants du numérique ont reconfiguré totalement le champ de l’information et de la communication à l’échelle mondiale. Leur modèle économique et la faiblesse de la régulation de leurs activités ont permis que se développent toutes sortes de dérives et d’effets indésirables que les gouvernements de nombreux pays cherchent à réguler en adaptant leur législation.
En Suisse, plusieurs motions et postulats portant sur l’exposition aux réseaux sociaux des jeunes ont été déposés par des députées au Parlement fédéral ces deux dernières années. Le thème de ces interventions parlementaires qui ont été abondamment relayées dans les médias concerne les effets nuisibles de l’usage excessif des écrans pour la santé des enfants, mais ne porte pas explicitement sur l’exposition à des contenus problématiques (désinformation, violence, pornographie), le cyberharcèlement, ainsi que tous les procédés d’influence et de sujétion (cybercriminalité).
Fin décembre 2025, la députée Céline Amaudruz (UDC) a déposé une motion demandant au gouvernement de prendre rapidement des mesures concrètes visant à protéger les mineurs face aux algorithmes des réseaux sociaux. Sont concernés principalement les procédés qui visent à «maximiser l’engagement et le temps passé en ligne» et les systèmes de recommandation personnalisés.
Le Conseil fédéral s’est dit prêt à intégrer cette demande dans la nouvelle Loi fédérale sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche (LPCom) dont la procédure de consultation s’est achevée au début du mois de mars. Cet avant-projet de loi vise à réguler les très grandes plateformes de médias sociaux tels que Instagram, TikTok ou Snapchat. Il s’inspire du règlement européen sur les services numériques (DSA – Digital Services Act), mais dans une version minimaliste. Selon le gouvernement, le projet vise à aligner la Suisse sur les normes européennes et à responsabiliser les groupes technologiques.
Mais, pour plusieurs organisations de défense des enfants et des jeunes (Pro Juventute et Protection de l’enfance Suisse, notamment), l’avant-projet de loi (LPCom) présenté par le Conseil fédéral n’assure pas suffisamment la sécurité des jeunes. Ces organismes relèvent que l’avant-projet qui a été mis en consultation porte principalement sur les obligations de transparence et l’évaluation de contenus présumés illégaux par les plateformes elles-mêmes, mais ne comporte pas de «directives contraignantes en matière de réduction des risques, de conception des plateformes adaptées à l’âge des utilisateurs et de prévention». Ils demandent que la loi comporte des «normes de protection légales claires qui garantissent leur sécurité en ligne et les protègent contre les contenus préjudiciables» et formulent des propositions en ce sens. Ces organisations faîtières rappellent que les réseaux sociaux font partie intégrante du quotidien des jeunes et leurs offrent des opportunités de participation à la société et d’éducation.
Il vaut la peine de rappeler qu’à l’âge de 12-13 ans, 96% des enfants en Suisse possèdent déjà un smartphone et qu’ils sont 82% à utiliser des réseaux sociaux tous les jours ou plusieurs fois par semaine à cet âge (enquête JAMES 2024). La durée d’utilisation auto-estimée de leur smartphone par les enfants et les adolescent-e-s est de 3 heures par jour en semaine, 4 heures le week-end. L’enquête a permis de mettre en évidence qu’il n’y a pas de différences significatives du temps d’utilisation selon les sexes, les tranches d’âge, le lieu de résidence ou le statut socio-économique des parents.
Tout récemment, début mars, une initiative populaire soutenue par un comité réunissant des parlementaires de tout l’éventail politique et des trois régions linguistiques intitulée «Pour la protection des droits fondamentaux et de la démocratie dans l’espace numérique» a été lancée («Initiative Internet»). Elle concerne l’ensemble des problématiques évoquées précédemment. Elle demande que la Constitution soit modifiée pour obliger les plateformes à agir de manière proactive pour protéger les droits fondamentaux de la population ainsi que les processus de décision démocratique dans l’espace numérique. Sa portée dépasse donc de beaucoup les différentes interventions parlementaires signalées précédemment ainsi que l’avant-projet de loi LPCom du Conseil fédéral.
Ce nouvel article de la Constitution proposé par l’initiative populaire obligerait les fournisseurs de plateformes de communication ainsi que de moteurs de recherche et de systèmes automatisés de contenus (IA générative) à «protéger les êtres humains contre les violations de leurs droits fondamentaux, à empêcher la diffusion de contenus violents ou sexualisés, ou les glorifiant, à protéger la population contre la cybercriminalité et à limiter les risques de manipulation des processus de décision démocratiques induits par la désinformation ou par des procédés d’amplification algorithmique». Les fournisseurs seraient tenus d’examiner gratuitement les requêtes qui leurs sont adressées ainsi que de prendre les mesures correctives nécessaires et d’en rendre compte publiquement.
Cette initiative qui vise à combler les lacunes de la Constitution en la matière représente un immense pas en avant en vue de la régulation des activités des fournisseurs de services numériques et de nouveaux médias de masse. Mais si cette initiative était soumise au peuple et acceptée, ce n’est pas avant de nombreuses années que ces dispositions prendraient effet.
Une autre initiative, parlementaire celle-là, a été lancée par le député Raphaël Mahaim (Les Vert-e-s) en mai 2025 pour proposer un projet de loi complet réglementant les plateformes numériques (LPnum). Ce projet de loi, discuté en commission des affaires juridiques des deux chambres, prévoit un ensemble de mesures spécifiques qui concerne la protection des mineurs. Ce texte requiert que «les informations disponibles sur les plateformes numériques ne doivent pas nuire au développement physique, mental, moral ou social des mineurs», et que les contenus qui pourraient l’être ne soient pas accessibles. La loi prévoit que différents systèmes permettant le contrôle de ce qui est vu et entendu par les mineurs de moins de 14 ans soient mis à disposition, notamment: classification d’âge, vérification de l’âge, accès et contrôle parental, ainsi que des systèmes de notification et d’évaluation. L’utilisation d’algorithmes qui génèrent de la dépendance seraient interdits. Il est précisé par le projet de loi que le Conseil fédéral devrait définir les modalités d’une «identification anonyme».
Les médias sociaux, source d’information et espace de sociabilisation des jeunes
Si l’univers numérique présente des risques pour les jeunes, il offre d’abord d’innombrables opportunités qui sont généralement passées sous silence par les partisans des interdictions des écrans connectés et des réseaux sociaux. Les jeunes, davantage que les adultes, mènent une multitude d’activités en utilisant les médias sociaux. Ils et elles s’informent, s’expriment, conversent avec leurs amis, sous des formes très diversifiées et sans cesse renouvelées.
Comme leurs parents, les enfants et les adolescent-e-s consultent les médias sociaux et les moteurs de recherche pour s’informer. Il vaut la peine de consulter les données disponibles sur les pratiques des jeunes pour comprendre la situation dans l’optique de l’interdiction des médias sociaux aux moins de 16 ans.
Selon l’enquête JAMES 2024, à l’âge de 12-13 ans, la moitié des enfants en Suisse (48%) utilisent déjà des réseaux sociaux tous les jours ou plusieurs fois par semaine pour s’informer, alors les portails de chaînes télévisées sont utilisés par un cinquième des enfants (22%) et que les portails de journaux ou de magazines sont consultés seulement par un dixième des enfants de ce groupe (10%). A cet âge les trois quart déclarent faire usage de moteurs de recherche (77%) ou d’une application de messagerie instantanée (69%) dans ce but, près de la moitié de portails vidéo (39%), et 12% d’applications d’IA. En grandissant, la proportion des jeunes qui utilisent ces plateformes augmentent progressivement. On peut relever que ce n’est que vers 18-19 ans que l’usage des plateformes de la presse deviennent une source notable d’information (18%), mais loin derrière les moteurs de recherche (94%), les médias sociaux (66%) et les applications d’IA (27%) – depuis le moment de l’enquête, au printemps 2024, l’utilisation des applications d’IA générative a sans doute fortement augmenté.
Mais les réseaux sociaux sont d’abord un espace essentiel de socialisation pour les jeunes. La «sociabilité médiatisée», qui désigne l’ensemble des relations sociales entretenues via des technologies numériques, occupe aujourd’hui une place centrale dans le développement des adolescent-e-s. Dans l’espace numérique, les enfants et les adolescent-e-s poursuivent les interactions sociales qu’ils entretiennent dans l’espace physique, et vice versa. Pour Claire Balleys (directrice du Medialab, Université de Genève), interrogée par Le Temps, les relations sociales des ados se poursuivent indifféremment dans «deux espaces, présentiel et numérique, qui coexistent dans une interpénétration continue». La sociabilité physique et la sociabilité numérique sont complémentaires. Quand ils sont ensemble, «le téléphone sert à documenter des moments vécus». Par ailleurs, Claire Balleys relève que «ce qui est vraiment nouveau dans l’histoire des médias, c’est que les jeunes peuvent aussi avoir une parole médiatique», notamment en modifiant ou en combinant des contenus existants (remix culture).
Au vu de la place que ces moyens de s’informer et d’interagir avec leurs pairs occupent dans la vie des enfants et des adolescent-e-s aujourd’hui, les interdire paraît contreproductif et illusoire. D’une part, on perdrait les bénéfices que leur utilisation procure et, d’autre part, on ferait des jeunes qui ne respectent pas cette injonction des hors-la-loi en poussant les récalcitrant-e-s à se cacher pour se connecter. Cela amènerait sans doute une partie des jeunes qui continueront à les utiliser à taire les contenus choquants et les mauvaises rencontres dont les partisans d’une interdiction cherchent justement à les protéger. De telles interdictions générales tendent en outre à déresponsabiliser les parents et les personnes qui s’occupent des jeunes.
Est-il juste de faire porter la responsabilité aux jeunes et aux familles plutôt qu’à la société dans son ensemble qui a permis que s’installe cette situation?
De préférence à une attitude de défiance vis-à-vis de la jeunesse, il faut favoriser le développement des capacités des jeunes, de leurs parents et des personnes qui s’occupent d’eux à utiliser les médias sociaux de manière appropriée et créative dans un esprit de dialogue. La confiance est une condition essentielle du développement cognitif, langagier et socio-affectif des enfants ainsi que de leurs apprentissages.
Un risque pour la sécurité et la vie privée de toute la population
L’interdiction des réseaux sociaux serait difficile à mettre en place et générerait des effets néfastes pour la société dans son ensemble.
Plus de 400 chercheurs et chercheuses de 32 pays (dont 20 travaillant en Suisse, 50 en France) spécialisé-e-s dans la sécurité et la protection de la vie privée viennent de publier une lettre ouverte en réponse aux initiatives visant à mettre en place des technologies de vérification de l’âge afin de contrôler l’accès aux services Internet. Les signataires s’inquiètent des graves effets que de tels contrôles pourraient générer pour la sécurité et la vie privée de toute la population, tout en restant largement inefficaces pour filtrer l’accès des enfants. Ces scientifiques demandent un moratoire sur les projets de déploiement de tels dispositifs de vérification «jusqu’à ce qu’un consensus scientifique s’établisse sur les avantages et les inconvénients que peuvent apporter les technologies de vérification de l’âge, ainsi que sur leur faisabilité technique». Ces contrôles risquent «d’accroître fortement les inégalités et la discrimination dans la sphère numérique», relèvent les signataires. En effet, une telle infrastructure «exigerait que tous les utilisateurs – mineurs et adultes – prouvent leur âge pour converser avec leurs amis et leur famille, lire les actualités ou rechercher des informations» et serait susceptible d’être utilisée «pour interdire l’accès aux services Internet pour des raisons sans rapport avec la sécurité». La vie privée de l’ensemble de la population serait menacée. Les signataires de cet appel estiment «qu’il est dangereux et socialement inacceptable de mettre en place un mécanisme de contrôle d’accès à grande échelle sans avoir une compréhension claire des implications que différents choix de conception peuvent avoir sur la sécurité, la vie privée, l’égalité et, en fin de compte, sur la liberté de décision et l’autonomie des individus et des nations».
Par ailleurs, les enfants ont des droits que nombre d’acteurs de ce débat sociétal semblent ignorer.
Les droits des enfants s’appliquent aussi aux activités en ligne
La Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) s’est penchée sur l’interdiction des médias sociaux et a publié récemment une prise de position très éclairante pour que les besoins et les intérêts des enfants soient davantage pris en considération en matière numérique.
La commission estime que «ces interdictions sont largement inefficaces pour réduire les conséquences négatives que l’usage de médias sociaux peut entraîner». En limitant les expériences et les processus d’apprentissage qui sont «à la fois bénéfiques et nécessaires», elles entravent l’acquisition de connaissances et de compétences utiles.
La CFEJ relève que le débat sur l’interdiction des réseaux sociaux se focalise principalement sur la nécessaire protection des enfants, mais néglige leurs droits. Elle rappelle que la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies s’applique aussi à la sphère numérique. La commission estime qu’un «renforcement des compétences en matière d’utilisation des médias sociaux et des smartphones ainsi qu’en matière d’autorégulation est nécessaire». A l’instar de nombreux partis politiques et ONG, la CFEJ demande que soient imposées des exigences légales claires et contraignantes aux plateformes numériques. Cependant, en ce qui concerne les activités en ligne, la commission fédérale considère que l’opinion des enfants et des jeunes doit être prise en compte. Au lieu d’interdictions générales, la CFEJ plaide pour que des règles soient élaborées avec les enfants de manière participative. Leur droit à rechercher de l’information doit être respecté. La commission estime que la garantie de conditions-cadres sûres sur le plan juridique profitera à l’ensemble des enfants et des jeunes.
La CFEJ observe qu’il incombe à l’Etat de «protéger ces droits et de garantir aux enfants un accès adapté à leur âge, sûr et inclusif aux médias numériques, et donc également aux médias sociaux». Les enfants doivent être libres de «s’exprimer, de nouer des contacts et de participer aux débats de société» dans l’environnement numérique. La CFEJ se prononce contre une interdiction générale des réseaux sociaux pour les enfants et les jeunes car elle «va à l’encontre de ces droits, qui peut compromettre l’égalité des chances, le développement de l’auto-efficacité et l’inclusion». La commission insiste pour que des actions éducatives soient proposées aux enfants pour se familiariser de manière créative à l’utilisation des médias sociaux et renforcer leurs capacités critiques et d’auto-régulation.
La clé du respect de l’intérêt des enfants est le développement de leurs capacités de compréhension, de leurs compétences médiatiques et de leur pouvoir d’action dans le monde numérique. Cette vision est aussi défendue par le Réseau suisse des droits de l’enfant qui regroupe les principales organisations non gouvernementales helvétiques actives dans le domaine de la protection de l’enfance.
Ainsi que l’indique le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies dans son Observation générale sur les droits de l’enfant en relation avec l’environnement numérique, les Etats parties à la Convention relative aux droits de l’enfant devraient tenir compte «de l’évolution de la place des enfants et de leur pouvoir d’action dans le monde moderne» (je souligne) ainsi que de leurs aptitudes et de leur capacité de compréhension.
Le système éducatif a un rôle central pour outiller les enfants et les adolescents-e-s à la vie connectée.
C’est d’éducation aux médias sociaux et au smartphone dont les jeunes ont besoin
C’est d’«éducation aux médias sociaux» et d’«éducation au smartphone» dont les enfants et les adolescent-e-s ont besoin, maintenant, en 2026. Pour développer leurs compétences médiatiques, tous les élèves d’une classe d’âge fréquentant l’école publique devraient avoir également accès à un enseignement raisonné, progressif et pratique (utilisation par les élèves des appareils connectés), adapté à leur âge. C’est sur les adolescent-e-s que devrait en priorité porter l’effort.
En fait, le Plan d’études romand, qui fixe les finalités et les objectifs pédagogiques de l’«éducation numérique» (un des domaines du plan d’étude), répond aux besoins éducatifs relatifs à l’utilisation des smartphones et des médias sociaux par les enfants et les adolescent-e-s. En effet, le «commentaire» qui accompagne le déploiement de l’«éducation numérique» stipule bien que la mission fondamentale de l’école est de former les élèves (futurs citoyens et citoyennes) pour qu’ils puissent «s’insérer dans la société de leur époque», dont l’environnement a été bouleversé par l’évolution du numérique. Sont mentionnés: «l’arrivée des réseaux sociaux, la généralisation des smartphones, les nouveaux modes de consommation, de communication, de pensée». Pour évoluer dans cet environnement numérique et «ne pas le subir», l’école doit fournir «les codes, les méthodes et les moyens pour agir et ne pas seulement suivre», précise le document.
Le commentaire du Plan d’études romand détaille de manière très claire et convaincante les grandes lignes de ce qui devrait être réalisé, notamment l’apprentissage au numérique par le numérique. Il est en effet précisé que les savoirs et habiletés de base des élèves s’acquièrent «sur le matériel, les logiciels et les réseaux numériques». On ne peut être plus clair. Cependant, je relève la totale contradiction entre les objectifs énoncés dans le Plan d’études romand et l’interdiction générale de principe des smartphones dans les établissements scolaires de Suisse romande. Ce n’est pas un bon signal pour les droits des enfants dans l’espace numérique.
(Lire mon article: «Smartphone: la démission de l’école romande», Le Courrier, 2 septembre 2025.)
Utilisation de plateformes alternatives
La régulation des plateformes médiatiques et de l’accès à celles-ci, ainsi que les nécessaires actions éducatives ne sont pas suffisantes. Il faudrait aussi que les fournisseurs de plateformes numériques soient contraints à faire évoluer les fonctionnalités toxiques de leurs interfaces et leurs algorithmes opaques qui visent à maintenir captifs les utilisateurs et les utilisatrices dans des flux de contenus sélectionnés à leur intention.
Au vu de la puissance de ces entreprises dont la suprématie s’exerce à l’échelle de la planète, cela paraît impossible. Leur modèle d’affaire qui repose sur l’extraction de données personnelles, le profilage et la vente de «temps de cerveau disponible», ainsi que sur la promotion de contenus à haut potentiel de viralité, est un obstacle rédhibitoire à l’évolution des plateformes de médias sociaux qu’elles contrôlent. Au surplus, la surveillance généralisée des comportements individuels est un sous-produit de ces plateformes qui minent la démocratie et les valeurs qui la sous-tendent.
Il faut donc aussi promouvoir l’utilisation de plateformes alternatives «libres» fondées sur des principes éthiques qui soient propices au développement de la citoyenneté numérique. De très nombreux outils permettant l’élaboration et le partage de contenus de toute nature, les échanges interpersonnels, l’animation de communautés, l’organisation de débats démocratiques, le travail collaboratif, etc. existent. Parmi les plus connus Bluesky et Mastodon sont des applications alternatives à X (ex-Twitter), Threema et Signal à WhatsApp. Ce n’est qu’un exemple, tout un univers d’applications alternatives aux plateformes des géants de l’Internet est disponible.
L’école publique et les institutions éducatives trouveraient dans ces outils numériques les moyens de développer les apprentissages des médias sociaux par la pratique dans des environnements échappant aux géants de l’Internet.
Références
> Céline Amaudruz, Protéger les mineurs face aux algorithmes des réseaux sociaux, motion 25.4763, Le Parlement suisse, 19 décembre 2025.
> Conseil fédéral, Nouvelle loi sur les plateformes de communication et les moteurs de recherche: lancement de la consultation, communiqué de presse, 29 octobre 2025.
> Pro Juventute, Réglementation des plateformes: «Le conseiller fédéral Rösti oublie les enfants et les jeunes», 5 février 2026.
> Külling-Knecht, C., Waller, G., Willemse, I., Deda-Bröchin, S., Suter, L., Streule, P., Settegrana, N., Jochim, M., Bernath, J., & Süss, D., JAMES – Jeunes, activités, médias – enquête Suisse, Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften (ZHAW), Zürich, 2024.
> Initiative Internet, 2026.
> Raphaël Mahaim, Plateformes numériques. Le Parlement doit reprendre la main, Le Parlement suisse, Initiative parlementaire 25.439, 7 mai 2025.
> Nina Schretr, Grâce aux réseaux sociaux, «les jeunes ont une parole médiatique, c’est inédit», Le Temps, 18 juin 2024.
> Joint statement of security and privacy scientists and researchers on Age Assurance, 2 March 2026.
> Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), Interdire les médias sociaux? Une solution apparemment simple à un problème complexe, novembre 2025.
> Réseau suisse des droits de l’enfant, Les droits de l’enfant dans la sphère numérique, 29 juillet 2021.
> Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, Comité des droits de l’enfant, Observation générale no 25 sur les droits de l’enfant en relation avec l’environnement numérique, Nations Unies, mars 2021.
> Conférence intercantonale de l’instruction publique et de la culture de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), Plan d’études romand, Education numérique, août 2024.
> Jean-Claude Domenjoz, Smartphone: la démission de l’école romande, Le Courrier, 2 septembre 2025.
Les sites et documents ont été consultés le 17 mars 2026
Modèle pour citer cet article:
Domenjoz J.-C., «Enfants et réseaux sociaux: leurs droits, la régulation, les alternatives», Éducation aux médias et à l’information [en ligne], 17 mars 2026, consulté le date. https://educationauxmedias.ch/enfants-et-reseaux-sociaux-leurs-droits-la-regulation-les-alternatives
Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Éducation aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL) | Éducation numérique | educationauxmedias.ch