La réalisation de vidéos par les jeunes a un potentiel éducatif encore trop peu exploité

Les activités extrascolaires proposées par les centres de loisirs ont un grand potentiel pour le développement des compétences médiatiques et personnelles des jeunes. La réalisation de vidéos sur smartphone est un moyen idéal de les impliquer et de leur permettre de valoriser leur pouvoir d’expression et d’action. L’animation socioculturelle ne devrait plus se concevoir sans intégrer les médias numériques dans son projet éducatif. Exemple d’un projet réalisé dans un centre de loisirs du canton de Genève.

Les médias numériques ont bouleversé la manière dont les enfants et les jeunes occupent leurs loisirs. Pour les parents ainsi que pour les professionnel-le-s de l’éducation les appareils connectés représentent de nouveaux défis éducatifs. Cependant, les usages des applications numériques par la jeunesse sont le plus souvent envisagés comme une menace que comme une opportunité. Dans la perspective de la numérisation de la société toute entière, les besoins des enfants et des jeunes ne sont pas suffisamment pris en compte. Dans le domaine extrascolaire presque tout reste à faire.

Consciente des enjeux de la numérisation pour la nouvelle génération, la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) a centré ses activités ces deux dernières années sur l’impact de la transformation numérique sur les enfants, les jeunes et leur environnement («Enfants et jeunes 4.0»). Plusieurs documents essentiels destinés à servir de pistes de discussion et d’action pour mieux prendre en compte les besoins de la jeunesse dans la transformation numérique de la société ont été publiés par la CFEJ. La Commission fédérale a notamment mis en évidence le rôle primordial des acteurs oeuvrant dans le domaines extrascolaire pour le développement conjoint des compétences numériques ainsi que des compétences sociales et personnelles des jeunes.

Les activités de jeunesse extrascolaires ont un grand potentiel, encore insuffisamment exploité, pour le développement des compétences numériques et médiatiques des adolescent-e-s et des jeunes adultes. En effet, les activités proposées par les centres de loisirs et les équipes d’animation socioculturelle permettent de toucher des jeunes d’horizons les plus divers à travers une participation librement consentie. Ces structures sont le cadre idéal pour proposer des activités d’utilisation des médias numériques impliquant les jeunes de manière active, participative et créative. La commission fédérale estime qu’il faut inscrire la promotion des compétences médiatiques dans les objectifs de l’animation socioculturelle (c’est brièvement résumée la recommandation 8 du rapport de la CFEJ «Grandir à l’ère du numérique»). L’animation socioculturelle ne devrait donc plus se concevoir sans intégrer les médias numériques dans son projet éducatif.

Dans le but de former des équipes de travailleurs sociaux aptes à intégrer les médias numériques dans leur pratique, la Communauté européenne a mis sur pied un programme international de formation continue (Erasmus+) intitulé «Médias numériques: un pont vers l’inclusion» (Digital Media: a Bridge to Inclusion – DIME). Dans le canton de Genève, une équipe du Locados, une des structures d’accueil du Centre de rencontres et de loisirs de la commune de Plan-les-Ouates faisant partie de la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASe), a pris part à une formation d’une semaine proposée par la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA) et financée par Movetia (agence nationale suisse pour la promotion des échanges et de la mobilité). Objectif: permettre à des équipes d’éducateurs et d’éducatrices d’encadrer la réalisation et la diffusion de vidéos faites par des jeunes au moyen de leur smartphone. Cette formation a permis à l’équipe du Locados de mettre sur pied un projet concret avec les jeunes de la commune.

Au terme du projet qui a duré environ trois mois, deux films de qualité ont été réalisés avec les jeunes et présentés lors d’un atelier d’échanges organisé par la FSEA. Cette expérience nouvelle au sein du centre de loisirs a mis en évidence les difficultés de ce genre d’entreprise et la capacité des professionnel-le-s de l’animation socioculturelle à s’adapter au contexte pour en tirer le meilleur.

Ce projet a permis de mettre en évidence le potentiel énorme de l’intégration des médias numériques pour l’animation socioculturelle extrascolaire.

L’adhésion des jeunes au projet n’a pas été de soi. Les jeunes ont été difficiles à convaincre d’utiliser leur smartphone dans le cadre d’un projet du centre de loisirs, habitué-e-s pourtant à se filmer, mais dans la sphère privée et le cadre d’échanges entre ami-e-s. Il faut rappeler que la libre adhésion aux activités proposées est un principe cardinal de l’animation socioculturelle. Donc, pas question d’embrigader les jeunes dans des projets qui ne résultent pas d’un choix. Par ailleurs, aucune personne parmi les jeunes n’était capable de réaliser le montage vidéo. Le projet se déroulant dans un cadre officiel, les professionnel-le-s ont naturellement recherché la qualité optimale de la réalisation, ce qui les a poussé-e-s à prendre en main une partie importante du filmage et du montage. Cependant, dans un des deux films, les jeunes ont pu révéler leur capacité à jouer des personnages qu’ils avaient créés et à contribuer à l’écriture du scénario d’une petite histoire fictive se déroulant dans leur environnement quotidien, sous la conduite experte de leur animateur. Dans le second projet, un jeune en recherche d’insertion professionnelle a pris conscience que la vidéo pouvait être un moyen de mettre en valeur ses compétences. La réalisation de ces films ont permis aux jeunes qui y ont été impliqués de valoriser leur pouvoir d’expression et d’action.

Pour l’équipe du Locados, cette expérience très enrichissante a d’ores et déjà eu des suites. Des ateliers cinéma encadrés par des professionnels de l’image sont maintenant proposés aux jeunes. En outre, un projet de festival de court métrages réalisés uniquement au moyen de smartphones est à l’étude pour l’année prochaine. Pour soutenir les jeunes, des ateliers techniques et d’élaboration d’un film leur seront proposés.

Ce projet a permis de mettre en évidence le potentiel énorme de l’intégration des médias numériques pour l’animation socioculturelle extrascolaire. Les démarches mises en oeuvre dans les projets de réalisation cinématographique offrent un cadre idéal pour favoriser le développement des compétences techniques et médiatiques, aussi bien que métacognitives et sociales des jeunes qui y prennent part. On peut espérer que l’expérience et les compétences acquises par l’équipe du Locados puisse bénéficier à d’autres institutions d’animation socioculturelle genevoises et de Suisse romande.


Références
> Enfants et jeunes 4.0, Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ).
> Grandir à l’ère du numérique, Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ), janvier 2019.
> DIME – Digital Media: A Bridge to Inclusion, Fédération suisse pour la formation continue (FSEA).
> Locados, structure d’accueil du Centre de rencontres et de loisirs de Plan-les-Ouates.
> Genève – Atelier d’échanges de pratiques sur le smartphone comme outil de développement de compétences chez les jeunes adultes, Fédération suisse pour la formation continue (FSEA).
Les sites et documents ont été consultés le 11 octobre 2019.


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL) | educationauxmedias.ch

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)