Education aux médias: panorama de l’offre de formation continue catalogue 2018-2019 en Suisse romande

Le programme scolaire du Plan d’études romand suppose l’extension du champ de compétences des enseignants et des enseignantes, en particulier en matière d’éducation aux médias (domaine MITIC). L’examen de l’offre de formation continue proposée à l’ensemble du corps enseignant permet de penser que les organismes cantonaux qui en sont chargés ne sont pas en mesure de répondre à ces nouveaux besoins. C’est extrêmement inquiétant.

La numérisation de l’ensemble des activités humaines et les nouvelles pratiques médiatiques requièrent un renouvellement des connaissances ainsi qu’une adaptation constante des qualifications professionnelles. La formation continue est donc une priorité sociale et économique fondamentale pour répondre aux transformations rapides de notre société. Depuis que l’éducation aux médias et aux technologies de l’information et de la communication fait partie du cursus scolaire en Suisse romande, la formation du corps enseignant dans ce domaine est indispensable.

L’éducation aux médias dans le Plan d’études romand
Rappel. En mai 2010, les Directeurs cantonaux de l’instruction publique des cantons latins ont adopté le Plan d’études romand (PER). Ce nouveau programme scolaire a été introduit progressivement à partir de 2011 et sa généralisation s’est officiellement achevée l’année scolaire 2013-2014. L’éducation aux MITIC (Médias, images et technologies de l’information et de la communication) est l’un des domaines de formation générale du PER. Il résulte de la fusion de l’éducation aux médias et de l’enseignement aux technologies de l’information et de la communication (TIC).

L’enseignement des MITIC vise principalement au développement de l’esprit critique vis-à-vis des médias et des développements technologiques, ainsi qu’à l’apprentissage des outils informatiques et multimédias, dans la perspective de l’éducation à la citoyenneté (cf. Formation générale, présentation). Cet enseignement répond à la Déclaration de la CIIP de 2003 (Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin) sur les finalités et objectifs de l’école. Ce document insistait sur la nécessité de doter les élèves des moyens de comprendre l’impact des développements technologiques et économiques, ainsi que d’assurer l’acquisition de compétences à s’informer et à communiquer de manière critique et créatrice.

C’est en effet par l’information que nous acquerrons des connaissances, que nous formons nos représentations, nos opinions, notre disposition d’esprit à l’égard d’autrui, que nous prenons des décisions et orientons notre action. Il importe donc de disposer des moyens permettant de comprendre et d’évaluer la signification de tous les types de messages ainsi que leur contexte de production et de réception. Désormais les contenus de toute nature sont librement accessibles à tout un chacun, n’importe où, à tout moment. Les jeunes doivent donc être capables de discerner les sources d’information de qualité et disposer de moyens d’analyser et de critiquer les messages auxquels ils/elles sont confronté-e-s par les réseaux sociaux, la consommation de vidéos, les jeux vidéos, la télévision, etc. La possibilité pour tous les élèves, pendant toute leur scolarité, de bénéficier de l’enseignement aux médias et à l’image décrit dans le Plan d’études est un des moyens essentiels d’assurer l’égalité des chances dans la société de l’information.

Pour bien comprendre la suite du propos, il est utile de rappeler, sous forme résumée, quelles sont les principales compétences d’éducation aux médias (aspects MI) attendues des élèves définies par le Plan d’études romand (PER):

> Confrontation de réactions différentes face à un message issu des médias et mise en évidence de ses propres critères de préférence.
> Comparaison et analyse des spécificités de différents supports médiatiques (par l’observation d’articles de journaux, de films, de pages web, d’émissions de radio et de télévision, de jeux vidéo, etc.) et réflexion sur les enjeux des messages véhiculés.
> Analyse de la composition d’un message médiatique (texte, image fixe, image en mouvement animation interactive, son, etc.).
> Composition d’une image fixe ou en mouvement (point de vue, cadrage, couleurs, lumière, etc.) et du rapport entre l’image et le son.
> Rapport entre l’image et la réalité.
> Sensibilisation aux intentions d’un message en tenant compte du contexte de communication.
> Mise en évidence des stéréotypes les plus fréquemment véhiculés par différents supports médiatiques.
> Utilisation d’internet comme source d’information et moyen de communication (source, valeur de l’information, orientation dans le site et navigation, règles de sécurité sur ses données personnelles et celles de ses pairs, sensibilisation aux abus possibles).

Le plan d’études prévoit que l’enseignement aux MITIC soit dispensé en situation, dans toutes les classes et toutes les disciplines, tout au long de la scolarité obligatoire, de sorte à permettre aux enfants d’approfondir progressivement leurs connaissances et leurs habiletés en la matière. L’utilisation de moyens de communication numériques et la production de médias par les élèves constituent d’excellents moyens pédagogiques qui sont encouragés par le PER. L’usage des smartphones en classe constituerait une incomparable manière de pratiquer l’éducation aux médias, mais ils sont interdits.

(Lire mon article «Des usages pédagogiques du smartphone en classe», 2 avril 2015.)

Depuis 5 ans tous les élèves de la scolarité obligatoire sont donc censés bénéficier de l’enseignement aux MITIC tel que présenté dans le PER. Cependant, l’écart est immense entre les intentions présentées dans les documents et les discours officiels et la réalité du terrain.

A noter que Genève est aujourd’hui le seul canton romand à offrir dans la grille horaire du Cycle d’orientation un cours de base obligatoire d’éducation aux médias («Médias et images», le MI de MITIC) à l’ensemble des élèves de 11e Harmos. Ce cours est dispensé par des enseignant-e-s qui ont été spécialement formé-e-s. Il est complété par un cours de base d’«Informatique» (9e Harmos) qui porte principalement sur l’utilisation des appareils et des logiciels standards (aspects TIC).

(Lire mon article «Un demi-siècle de pédagogie des médias à Genève», 6 janvier 2017.)

Le Plan d’études romand (PER) a été pensé comme évolutif. L’introduction de bases de science informatique à l’école (à l’instar du Lehrplan 21 en Suisse allemande), qui commence à être discuté, va complexifier la situation. Des cours de robotique sont déjà proposés dans l’offre de formation continue MITIC (HES VD, Service écoles-médias à Genève, notamment). En effet, l’usage même du terme MITIC est problématique. Cet acronyme-valise se rapporte à tout ce qui concerne l’enseignement et l’apprentissage en lien avec les médias et les technologies numériques: un objet d’étude (discipline), des moyens de communication (médias, réseaux sociaux), des outils (appareils, applications informatiques, logiciels de bureautique), des contenus (texte, image, film, contenu interactif), des moyens d’enseignement (tableau blanc interactif, plateforme de formation, ressources pédagogiques), des approches pédagogiques (éducation aux médias, didactique). De là une confusion qui est souvent inextricable.

Les compétences professionnelles du corps enseignant
Quelles sont les compétences dont devraient disposer les enseignant-e-s. Des référentiels ont été élaborés tant au niveau fédéral (recommandations de la CDIP, Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique, en 2004) que dans les cantons. Parmi les documents disponibles le Référentiel de compétences MITIC à l’usage des enseignant-e-s du canton de Genève, publié en 2010, offre une vision à la fois étendue et synthétique (l’auteur de cet article a pris part à son élaboration). Mentionnons les compétences qui sont les plus pertinentes pour assurer un enseignement d’éducation aux médias:

> Etre capable d’analyser des documents iconiques, filmiques et hypermédias, et d’aider à développer cette capacité chez les apprenant-e-s.
> Etre capable d’analyser les médias et les usages des TIC comme phénomènes sociaux et économiques.
> Connaître les usages et les compétences médiatiques extra-scolaires des élèves.
> Savoir développer chez les apprenant-e-s une réflexion critique sur leur relation aux médias et sur leurs usages de l’informatique.
> Connaître les faits marquants de l’histoire de la communication et des médias et leur impact sur la société.
> Connaître les enjeux sociologiques, économiques, juridiques, éthiques relatifs à l’usage des MITIC dans la société et dans l’enseignement et être capable de les thématiser avec les élèves.
> Savoir intégrer les nouveautés technologiques pertinentes et les idées d’applications pédagogiques qui leur sont liées.
> Apprendre aux élèves à exercer leurs droits dans le respect de la loi et de la vie privée des autres.
> Savoir adapter les documents médiatiques à l’espace et au temps scolaire.

A l’énumération de ces compétences, on comprend que cet enseignement ne va pas de soi et qu’il nécessite une formation de base tant théorique, que pratique.

Pour que le volet MITIC du Plan d’études romand soit effectivement mis en oeuvre dans toutes les classes, il faudrait que chaque enseignant-e ait la capacité de dispenser cet enseignement. Pour ce faire, un recyclage de tout le corps enseignant serait nécessaire. Cela n’est pas, pour l’heure, à l’ordre du jour. Dès lors, la formation des enseignant-e-s repose essentiellement sur la formation continue qui comprend principalement une offre «catalogue» destinée à l’ensemble du corps enseignant, complétée par des formations mises sur pied dans les établissements et, parfois, des cours à la carte.

A noter que la formation initiale des enseignant-e-s comporte depuis quelques années une formation MITIC dans laquelle l’accent est mis sur les usages pédagogiques et didactiques des technologies numériques. Cet enseignement occupe une place très modeste dans l’ensemble du cursus universitaire des futurs enseignant-e-s et ne garantit pas une formation systématique à l’éducation aux médias et à l’information.

L’ensemble du personnel enseignant pourrait-il être formé dans le cadre de la formation continue? Cela paraît impossible, pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la formation continue relève de la responsabilité individuelle (loi sur la formation continue LFCo). C’est vrai pour tous les métiers. Les enseignant-e-s prennent part à des cours en fonction de leurs besoins et de leurs envies (motivation intrinsèque). Cependant, reconnaître et identifier ses besoins de formation ne va pas toujours de soi. Naturellement, le milieu social et professionnel peut être plus ou moins incitatif. C’est ainsi que si le cours est proposé au sein d’un établissement scolaire, dans le cadre d’un groupe de discipline, ou encore par la direction d’une école, la motivation à y prendre part en sera plus grande (motivation extrinsèque).

Ensuite, il faut savoir que la formation continue est envisagée sur le modèle d’un marché soumis à l’offre et à la demande. C’est aussi le modèle dominant dans les organismes chargés de dispenser cet enseignement. Une offre de cours, souvent foisonnante, est proposée par les institutions cantonales en charge de la formation du corps enseignant (Hautes écoles pédagogiques, Département de l’instruction publique à Genève). L’offre de cours est élaborée en fonction des besoins supposés du corps enseignant, du nombre d’inscriptions et de la disponibilité des formateurs et formatrices susceptibles de dispenser ces cours. Un cours «ouvert» (tous les cours proposés ne le sont pas) ne concerne qu’une partie infime du corps enseignant. C’est ainsi qu’un cours essentiel qui n’a pas eu de «succès» pourra être supprimé du catalogue l’année suivante. Par ailleurs, il est très rare que des parcours de formation soient proposés permettant d’acquérir de manière progressive et systématique des connaissances structurées. C’est même le contraire, là où l’offre est très abondante on peut constater des chevauchements et des redondances dans les cours proposés qui rendent le choix difficile. Il n’existe à l’heure actuelle aucune offre modulaire couvrant tout le champ de l’éducation aux médias et à l’information en Suisse romande. En outre, de multiples contraintes administratives et organisationnelles constituent autant d’obstacles susceptibles de refréner les ardeurs (chèque annuel de formation, obligation de se former sur le temps libre, etc.). Par ailleurs, l’offre dépend des ressources disponibles (locaux, matériel, dotation financière, personnel, etc.). Enfin, le manque criant de formateurs et de formatrices spécialisé-e-s dans le domaine de la pédagogie des MITIC ne permettrait pas actuellement d’imaginer former tout le corps enseignant.

Nombre d’enseignant-e-s formé-e-s pour enseigner l’éducation aux médias
Il serait intéressant de savoir combien d’enseignant-e-s ont bénéficié de formation continue aux MITIC en Romandie depuis l’adoption du Plan d’études romand en 2010. Mes recherches ont été infructueuses. L’aide d’une documentaliste spécialisée dans le domaine de l’éducation n’a pas non plus permis d’identifier de document apportant une réponse à cette question tant au niveau cantonal que romand. Pour en avoir une idée, examinons l’offre de formation «catalogue» offerte en ce début d’année scolaire 2018-2019 par les institutions cantonales en charge de la formation (sites consultés le 10 septembre 2018). Le plan d’études est romand, mais les offres de formations sont cantonales ou régionale (partie francophone du canton de Berne, Jura et Neuchâtel).

On peut tout d’abord constater qu’une large partie des cours classés sous MITIC concernent l’usage des technologies numériques pour le travail de l’enseignant-e (traitement de texte, retouche d’images, par exemple), pour enseigner devant la classe (utilisation du tableau multimédia interactif) ou pour encadrer l’usage d’appareils par les élèves (ordinateurs, tablettes). Les contenus qui portent spécifiquement sur l’éducation aux médias et à l’information sont relativement rares, et le plus souvent ne concernent qu’une partie très limitée des savoirs et compétences nécessaires pour assumer cet enseignement tel que défini dans le Plan d’études romand (PER).

La Haute école pédagogique des cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel (HEP BEJUNE) propose dans son offre catalogue 23 cours classés «formation générale MITIC» (sur un total de 302), dont 7 qui portent sur l’acquisition de compétences techniques relatives à l’utilisation de logiciels de traitement d’images, à la réalisation de films et au montage. Aucun cours ne comporte des contenus relatifs à l’éducation aux médias.

La Haute école pédagogique du canton de Fribourg (HEP FR) propose dans son offre catalogue 10 cours classés «formation générale MITIC» (sur un total de 118, français et bilingue), dont 2 relatifs à l’éducation aux médias, mais aucun à l’acquisition de compétences techniques dans ce domaine. Le Centre fritic propose deux cours à la carte qui n’ont pas été comptabilisés ici.

A Genève, les cours MITIC sont proposés par le Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse, et organisés par le Service écoles-médias (SEM) pour la plupart, ainsi que par le service de formation continue du Cycle d’orientation. L’offre catalogue répertorie 124 cours sous «formation générale MITIC», lesquels sont classés sous huit rubriques: production de réalisations médiatiques (39), pédagogie MITIC dans les disciplines (14), éducation aux médias (11), culture, médias et société (13), outils en ligne et réseaux sociaux (21), communication web et programmation (7), environnement multimédias: ordinateur, tablette… (16), et enseignement spécialisé (3). A ces cours, il faut en ajouter 3 proposés par un autre service (PO). Nous avons identifié 34 cours qui comportent une composante relative à l’éducation aux médias (donc 23 de plus que ceux qui ont été classés sous cette rubrique) et 16 cours portant sur l’acquisition de compétences techniques MI. A noter que le Service écoles-médias offre des cours entièrement en ligne ainsi que des cours hybrides combinant temps en présentiel et en ligne.

La Haute école pédagogique du Valais (HEP VS) propose dans son offre catalogue 10 cours classés sous «Médias – ICT – MITIC» (Formation générale) sur un total de 230, dont 2 relatifs à l’éducation aux médias, auxquels il faut ajouter 5 cours portant sur l’acquisition de compétences techniques MI classés sous «Interdisciplinarité».

La Haute école pédagogique Vaud (HEP VD) offre 31 cours classés sous «Informatique et éducation aux médias» à son catalogue sur un total de 233, dont 6 cours portant sur l’acquisition de compétences techniques MI et 5 qui comportent des contenus relatifs à l’éducation aux médias.

Récapitulons l’offre de formation continue aux MITIC de Suisse romande sous forme d’un tableau:

En Suisse romande, il y a environ 20’000  enseignants et enseignantes travaillant pour l’école obligatoire (cycles 1, 2 et 3). On peut constater qu’un très petit nombre de personnes est susceptible de bénéficier en 2018-2019 d’un enseignement portant spécifiquement sur les compétences nécessaires pour encadrer les élèves en matière d’éducation aux médias et à l’information dans le cadre de la formation continue. A cet égard, Genève se démarque des autres cantons romands.

Un fossé existe entre la place qui est donnée à l’éducation aux médias et à l’image dans les textes officiels et l’offre de formation continue des organismes cantonaux dont c’est la mission (sauf à Genève).

(Lire aussi: «Où en est l’enseignement de l’éducation aux médias (MITIC) dans le canton de Vaud? Réponse du Conseil d’Etat», 11 avril 2018)


Références
> Plan d’études romand (PER), Formation générale (FG) – MITIC, Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).
> Déclaration de la Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), relative aux finalités et objectifs de l’Ecole publique du 30 janvier 2003.
> Médias et images, Site pédagogique officiel du cycle d’orientation, Département de l’instruction publique, de la culture et du sport, Genève.
> Recommandations relatives à la formation initiale et continue des enseignantes et enseignants de la scolarité obligatoire et du degré secondaire II dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (ICT) du 25 mars 2004, Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP).
> Référentiel de compétences MITIC à l’usage des enseignant-e-s, Direction des systèmes d’information et service écoles-médias, République et canton de Genève, Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse, 2010.

Offre de cours de formation continue
> Haute Ecole Pédagogique des cantons de Berne, du Jura et de Neuchâtel (HEP BEJUNE), Portail des cours, Formation générale – MITIC.
> Haute école pédagogique Fribourg (HEP FR), Formation continue, Formation générale – MITIC.
> Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse, République et canton de Genève, Personnel enseignant, Formation continue 2018-2019 (brochure).
> Haute école pédagogique du Valais (HEP VS), Catalogue des cours, Domaine Médias – ICT – MITIC.
> Haute école pédagogique Vaud (HEP VD), Formation continue attestée, Offre de cours 2018-2019, Informatique et éducation aux médias.
Les sites ont été consultés le 10 septembre 2018.


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL) | educationauxmedias.ch

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)