Il était une fois, dans un lointain pays…

Il était une fois, dans un lointain pays, un président d’une petite république qui désirait éliminer la fracture numérique et promouvoir la justice sociale en assurant à toute la population un accès égal aux outils d’information et de communication.

Article publié initialement dans mon blog «Education et médias» (portail de L’Hebdo) le 18 mai 2015

Il était une fois, dans un lointain pays, un président d’une petite république qui désirait éliminer la fracture numérique et promouvoir la justice sociale en assurant à toute la population un accès égal aux outils d’information et de communication. En effet, en ce temps là, dans cette contrée, les gens fortunés possédaient leur ordinateur personnel alors que les pauvres qui vivaient dans les campagnes loin de la capitale en étaient totalement démunis. En ces temps reculés, la moitié des plus riches avaient déjà accès à l’Internet tandis que les plus pauvres, paysans besogneux des campagnes ou citadins vivotants de menus travaux, n’en connaissaient pas même le nom.

Alors, voyant que grandissait l’écart entre ses concitoyens et concitoyennes, le président prit sa plus belle plume et publia un décret: «Vu la nécessité d’avancer dans la Société de l’information et de la connaissance, de développer des actions pour réduire la fracture numérique; étant donné que 1° l’école publique est un domaine privilégié d’intégration sociale qui vise à la démocratisation de la connaissance; 2° que le pays dispose de ressources technologiques et humaines pour parvenir à la mise en réseau sur tout le territoire national…». Donc, le président rédigea un décret qui consistait à doter chaque enfant d’âge scolaire d’un ordinateur portable avec connexion Internet.

Oui, c’était un beau rêve, mais comment faire pour que son projet généreux ne s’embourbe pas? Pour mettre en oeuvre son décret le président décida de créer tous les organes nécessaires à sa réalisation et de contourner ainsi la lourde bureaucratie et les habiles fanfarons qui lui auraient mis les bâtons dans les roues. Il manda celui qui pouvait le mieux réaliser son projet, le nomma directeur et lui confia la tâche de déployer son plan sans tarder.

Celui-ci décida de procéder à l’équipement des écoles et à la distribution de petits ordinateurs portables verts aux enfants ainsi qu’à leurs instituteurs et institutrices. Il pensa qu’il fallait d’abord s’occuper des provinces reculées et peu peuplées. Il satura alors le territoire de l’intérieur vers la métropole en un court laps de temps. Il fit installer le wifi dans les classes, créer des points d’accès communautaires, des antennes relais, des ateliers de réparation, mis sur pied la formation du corps enseignant, organisa la création et la distribution de ressources numériques, fit créer des portails institutionnels et pédagogiques, organisa le monitorage et l’évaluation. Tout ce qui était nécessaire au succès de l’entreprise fut réalisé.

Il réussit si bien qu’à travers les enfants, l’ordinateur arriva dans tous les foyers, même les plus pauvres, et que la modernité se répandit dans tout le pays.

Ceci n’est pas un conte. Ce pays c’est l’Uruguay, une superficie d’un peu plus de quatre fois celle de la Suisse pour une population de 3.3 millions d’habitants, dont la moitié à Montevideo. Le président, c’est Tabaré Vázquez qui impulsa ce projet (plan Ceibal) lors de son premier mandat (2005-2010). Il vient d’être réélu récemment.

En trois ans, de 2007 à 2009 tous les écoliers et toutes les écolières de l’enseignement primaire ont été équipé-e-s d’ordinateurs portables (362’000 enfants, 18’000 enseignant-e-s) du projet One Laptop Per Child (OLPC – un ordinateur par enfant). Par la suite, le plan a été étendu aux élèves du secondaire, des lycées et des établissements de formation professionnelle qui ont été doté-e-s de différents modèles d’ordinateurs portables ou de tablettes. (article de 24 Heures)

C’est ainsi qu’aujourd’hui, en ce mois de mai 2015, huit ans après le début de l’implémentation du projet dans une petite bourgade de province en mai 2007, 700’000 ordinateurs ont été distribués. Le plan Ceibal a fortement contribué à réduire la fracture numérique en Uruguay (document en espagnol).

Retour en Suisse. Les jeunes ont tous et toutes leur ordinateur en poche (smartphone) mais son usage reste interdit à l’école (lire mon article «L’école et les jeunes, le grand écart du numérique»). Que pourrions-nous tirer de l’expérience uruguayenne?


Références
> Laurent Buschini, L’Uruguay a réussi son pari de fournir un ordinateur par élève, 24 Heures, 26 septembre 2014.
> Evolución de la brecha de acceso a TIC en Uruguay (2007-2013) y la contribución del Plan Ceibal a disminuir dicha brecha, Abril 2014, Departamento de Monitoreo y Evaluación Plan Ceibal.
> Video institucional Plan Ceibal 2015. Cinco fases de la evolución. (Youtube, mis en ligne le 31 mars 2015).
https://www.youtube.com/watch?v=x53v72zdzA8
> Site institutionnel du projet One laptop per child
http://one.laptop.org/


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL)

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)