Emmaüs Connect lutte pour l’insertion numérique des exclus

Illetrisme numérique • Emmaüs Connect a développé un ensemble de moyens pour lutter contre l’exclusion numérique des plus démunis et des plus fragiles en France.

«Sans numérique: pas d’insertion», cette formule résume le principe de l’action d’Emmaüs Connect, fondation française liée au mouvement Emmaüs. Depuis 2013, l’institution caritative lutte contre l’exclusion numérique. Elle déploie ses activités dans le domaine de la médiation numérique avec pour but l’inclusion numérique des plus démuni-e-s et des plus fragiles.

La dématérialisation toujours plus importantes des actes usuels de la vie quotidienne, des relations avec les administrations publiques et de la vie professionnelle pénalise les populations «éloignées» du numérique. L’accès aux soins, à l’emploi, à l’information, à l’énergie, aux services bancaires, etc. passe de plus en plus souvent par l’usage d’Internet. Sans appareil connecté et sans savoir-faire de base, l’accès aux services essentiels et aux droits sociaux est chaque jour plus difficile, parfois impossible, relève la fondation.

En France, selon Emmaüs Connect, 40% des personnes en précarité sociale sont en difficulté numérique, ce qui représente 5 millions de personnes. Sont touchés plus particulièrement, les jeunes sans diplôme, les ménages à bas revenu, ainsi que les personnes âgées, sans domicile ou handicapées.

Pour lutter contre ce nouveau phénomène d’exclusion sociale de masse, Emmaüs Connect a déployé un ensemble de moyens à l’intention tant des personnes en précarité que des professionnels de l’action sociale. L’accès à du matériel connecté, des ateliers d’initiation et un accompagnement sont offerts aux personnes qui en ont le plus besoin. Tandis que formation et soutien sont proposés aux employé-e-s des organismes sociaux pour leur permettre d’identifier la précarité numérique et d’orienter les usagers vers des structures adaptées. En outre, Emmaüs Connect offre des conseils aux grands opérateurs du numérique ainsi qu’aux autorités locales pour développer leurs stratégies d’inclusion numérique. Par ailleurs, la fondation fait réaliser des études prospectives.

Le besoin est important. A leur entrée dans le dispositif, la moitié des personnes n’étaient pas capable d’effectuer des démarches en ligne et d’envoyer un courriel avec une pièce jointe, opération nécessaire aujourd’hui pour postuler à un emploi. Savoir-faire indispensable, puisque près de la moitié des bénéficiaires étaient sans emploi. Par ailleurs, un tiers seulement possédaient un ordinateur, alors que 80% des ménages disposent d’un tel équipement en France.

Depuis sa création en 2013, Emmaüs Connect a aidé 25’000 personnes à développer leurs compétences numériques de base et à utiliser les services numériques en ligne essentiels à leur insertion, dans 1000 structures sociales partenaires. Un quart avaient moins de 25 ans. La tâche est immense, puisque la fondation a pu aider seulement un demi pour cent des personnes qui sont à la fois en précarité sociale et en difficulté numérique en France en 3 ans. Pour faire face à ce besoin colossal, la fondation caritative a décidé de changer d’échelle.

Emmaüs Connect a lancé en 2016, conjointement avec Google.org, le programme WeTechCare qui vise à aider un million de personnes exclues du numérique d’ici à 2020. – Google.org est une fondation philanthropique financée par Google qui soutient des projets dans les domaines de l’éducation, de l’inclusion sociale et du développement durable. – Une start-up à vocation sociale a été fondée. Elle a pour objectif le développement de services et d’outils pour les publics les plus fragiles, en particulier des services Web, des applications mobiles et des tutoriels.

Deux plateformes en ligne ont été créées. La première (clicnjob.fr) s’adresse principalement aux jeunes qui sont à la fois sans emploi et hors du système éducatif (2 millions en France). Ce site est conçu pour permettre aux jeunes de développer leurs capacité à décrocher un emploi en leur offrant des parcours d’apprentissage personnalisés (quiz, vidéos), des outils concrets (rédiger un CV, réseauter) et des conseils. La seconde plateforme d’e-learning s’adresse tant aux personnes exclues du numérique, qu’à celles qui travaillent dans les services sociaux (lesbonsclics.fr). Aux premières, elle offre un environnement pour découvrir internet, réussir des démarches en ligne et développer leurs compétences numériques de base. Les professionnel-le-s de l’accompagnement social y trouvent des outils de diagnostic et d’orientation, des ressources pédagogiques et des exemples de bonnes pratiques, ainsi que des outils de réseautage.

L’action d’Emmaüs Connect pour faire face au défi de l’illettrisme numérique est exemplaire. Cependant, l’existence d’une fracture numérique dans les pays développés – dans la riche Suisse aussi – met en évidence un manque d’anticipation auquel l’Etat-social doit remédier de toute urgence en mettant en place de vastes programmes d’actions pour accompagner la transition numérique. Le travail effectué par les organismes caritatifs ne doit pas être un motif de désengagement pour les pouvoirs publics. C’est à eux qu’il appartient d’abord d’assurer la justice sociale, en garantissant que toute la population a accès à l’Internet et aux applications numériques, ainsi que les connaissances pour en faire un usage approprié.

Lire aussi: «e-inclusion: va-t-on y arriver?».


Référence
> Claire Legros, Emmaüs Connect et Google s’associent en faveur des oubliés du numérique, Le Monde, 14.04.2016.


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL)

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)