Disparition de la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA)

Après 25 ans d’activités, la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA) sera dissoute. Un très mauvais signe pour l’éducation et la transition numérique en Suisse.

Lors de sa réunion ordinaire du 15 mars 2018, le Conseil de fondation de la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA) a décidé de procéder à sa dissolution. Motif: l’objectif de la fondation ne peut plus être atteint avec les ressources humaines et financières disponibles. L’annonce en a été faite le même jour lors de son congrès «L’intelligence artificielle & robotique dans le système éducatif» à la Haute école pédagogique de Berne (PHBern, Institut für Weiterbildung und Medienbildung).

La dissolution ne sera effective que dans plusieurs mois après acceptation par l’autorité de surveillance. Les activités menées depuis plusieurs années par la FSFA seront poursuivies par d’autres institutions. C’est ainsi que l’organisation du colloque annuel sur les usages des nouvelles technologies pour l’enseignement et que le soutien à des projets pilotes de formation seront assurés. L’encouragement des échanges de connaissances et d’expériences entre experts des trois régions linguistiques sera aussi poursuivi.

Cette disparition n’est pas anodine, car depuis 25 ans la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA), bien que peu connue du grand public, contribue de manière importante à la réflexion sur les usages des médias dans l’éducation (lire mon article «La Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA) aura 25 ans en janvier 2018»). L’anniversaire du quart de siècle d’existence de la fondation n’a pas été fêté au début de l’année, avec une bonne raison puisque le processus de dissolution de celle-ci était déjà engagé.

Alors, puisque les activités passées de la FSFA vont continuer par d’autres moyens, ne faudrait-il pas simplement se réjouir? Certes, mais la fondation recelait un potentiel immense. On peut douter que d’autres organismes réunissent des caractéristiques aussi favorables dans le contexte helvétique. Ni des entreprises privées, ni des organisations sectorielles, ni même l’administration fédérale ne pourront égaler une structure associative de la dimension de la FSFA. La fondation constituait l’instrument idéal pour promouvoir et soutenir la formation par l’audiovisuel et le numérique en Suisse. La FSFA réunissait en effet de très grandes sociétés et organismes suisses (publics, privés, et de la société civile) représentatifs de la communauté nationale, actifs dans le domaine de la formation, dans une structure ne poursuivant pas de but commercial ou lucratif. La Suisse latine était toutefois peu représentée, ce qui constituait un point faible.

C’est ainsi que la fondation aurait pu jouer un rôle clé pour stimuler et soutenir la réflexion et le développement de produits numériques innovants reposant sur l’image et le son pour l’enseignement et l’apprentissage. La FSFA aurait pu aussi contribuer de manière significative, comme elle le déclarait sur son site, à la réalisation de politiques nationales, notamment la stratégie «Suisse numérique» du Conseil fédéral, ainsi que la stratégie en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC) et de médias de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP).
(Lire mon article: «Le plan d’alphabétisation numérique du Conseil fédéral a vingt ans»).

L’accès à une formation de qualité pour tous et pour toutes, depuis le plus jeune âge et tout au long de la vie, est un impératif pour notre société. Il ne suffit pas de le dire, mais encore faut-il que les intentions se concrétisent pour le plus grand nombre. Les données statistiques montrent de grandes inégalités en la matière. Sans actions appropriées, la révolution numérique en cours risque de les accroitre. C’est pourquoi il faut développer des produits et des services innovants pour tous les secteurs de l’éducation. Pour l’école, l’enseignement professionnel, la formation continue, cela va de soi, mais aussi pour favoriser les apprentissages informels et non formels, partout et à tout moment (apprentissage mobile, m-learning). Il s’agit de donner accès à des millions de personnes en Suisse à des produits et services leur permettant de développer leurs connaissances et compétences de base, aussi bien que les plus pointues. L’intelligence artificielle, la robotique, la réalité virtuelle ou augmentée, les learning analytics, sont autant de technologies pouvant être mises en oeuvre dans des applications et environnements éducatifs, par exemple des manuels interactifs, des MOOCs (Massive Open Online Courses), des plateformes d’enseignement et d’apprentissage, des vidéos, des jeux et des apps par centaines. Les récents congrès organisés par la FSFA sur ces thèmes ont contribué à la réflexion et favorisés les échanges entre experts de l’éducation par les médias, mais aussi du domaine connexe de l’éducation aux médias.

Par ailleurs, la Suisse recèle un grand potentiel dans le domaine des technologies éducatives qui pourrait être fortement développées et mises à profit de l’éducation et du développement à travers le monde.

Alors, apprendre que la Fondation suisse pour la formation par l’audiovisuel (FSFA) disparait par manque de ressources humaines et financières est pour le moins difficile à comprendre, et même scandaleux. En effet, rappelons que la FSFA réunit 80 organisations, sociétés suisses et centres de compétences de la Confédération. Il vaut la peine de mentionner quelques-uns de ces organismes pour prendre la mesure de l’événement et de sa justification:

Apple, Association des universités populaires suisses, CFF, Conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP), Crédit Suisse, educa.ch, Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), 12 Hautes écoles pédagogiques (HEP), Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle (IFFP), La Poste, Médias suisses, Microsoft, Migros école-club, Pro Juventute, Pro Senectute, RTS, RSI, SRF, Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), Service écoles-médias de l’Etat de Genève, Swisscom…

La disparition programmée de la FSFA est de très mauvais augure pour l’éducation et la transition numérique en Suisse.


Références
> Site de la Fondation Suisse pour la Formation par l’Audiovisuel (FSFA) – Schweizerische Stiftung für audiovisuelle Bildungsangebote (SSAB) – Fondazione Svizzera per la Formazione con Audiovisivi (FSFA).
> Congrès de mars 2018, L’Intelligence artificielle et la robotique dans le système éducatif, FSFA / SSAB.
> Stratégie «Suisse numérique», Confédération suisse, Office fédéral de la communication (OFCOM).
> Stratégie de la CDIP en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC) et de médias du 1er mars 2007, Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP).


Cet article concerne le domaine Médias, images et technologies de l’information et de la communication (MITIC) – Education aux médias et à l’information (EMI) – Media and Information Literacy (MIL) | educationauxmedias.ch

Auteur : Jean-Claude Domenjoz

Expert de communication visuelle et d’éducation aux médias (Médias, images et technologies de l’information et de la communication – MITIC)